Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Cinéma. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cinéma. Afficher tous les articles

vendredi 10 octobre 2008

Souccot en film : de Gitaï à Ushpizin




Si vous deviez citer un cinéaste israélien, qui serait-il ?


Aucun doute que vous citeriez probablement Amos Gitaï. Le plus connu en Europe, le plus invité des Israéliens, le plus chouchouté de la croisette — où il revient souvent pour ses films, de Kadosh à Kedma. Bref un cinéaste adulé en Europe et particulièrement en France, où il passa justement quelques années après la première guerre du Liban en 1982, avant de revenir en Israël en 1993. Adulé pour son art certes, mais aussi pour sa critique de la société israélienne. Car comme toute société, elle n’est pas parfaite. Elle a ses défauts et son identité. Mais serait-il juste de dire pour autant, telle une critique radicale, que son identité est son défaut ? C'est ainsi que certains peuvent voir, lire, ou comprendre les films d’Amos Gitaï, souvent sévères et presque toujours concentrés sur la société juive israélienne. En ce qui concerne les défauts en tout cas. Car Gitaï a quelque chose d’irritant pour un pays en guerre, à qui on impose, une, et des guerres. Sa critique est souvent facile, bien-pensante diront d’autres, unilatérale sans doute. Mais c’est aussi ça le cinéma! Le 7e art ou l’art de tourner en dérision sa propre société, sa propre identité et son rapport à l’Autre, aux autres, fussent-ils des ennemis!


Toutefois, on sait aussi que ce n’est pas un hasard si Amos Gitaï a tant de succès en France et en Europe, alors qu’il en a si peu en Israël. Il flatte la critique européenne d’Israël, voire sa condamnation. Dans sa trilogie sur les frontières bien sûr : Terre promise en 2004, Free zone en 2005 avec Nathalie Portman, et Désengagement en 2007 avec Juliette Binoche. Mais aussi dans ses films sur des villes israéliennes : Tel Aviv dans Devarim (Les choses), Haïfa dans Yom yom (Au jour le jour) et Jérusalem dans Kadosh (Saint). Ce dernier est un peu plus connu. que les autres sans doute. Adaptation de La répudiée d’Eliette Abécassis, il raconte d’un côté l’histoire d’une femme juive orthodoxe (hassid) répudiée à contrecœur par son mari après 10 ans de mariage sans enfant, et de l’autre celle d’une jeune fille maintenue et mariée au sein de ce même milieu orthodoxe du quartier de Mea Sharim à Jérusalem. Le film est beau, comme le roman, touchant et émouvant. Il est critique envers la tradition juive orthodoxe et la place qui y est faite aux femmes. La critique est juste et il ne s’agit pas de la remettre en cause. Mais c’est donner au public non averti une fausse image, du moins une image très partielle — et partiale — de cette communauté, de leur mode de vie et de leur philosophie, que d’en rester là. Si Amos Gitaï a un défaut, c’est bien qu’il en reste là.


D’autres donc font le reste du travail. L’année dernière, Giddi Dar, autre réalisateur israélien, bien moins connu qu’Amos Gitaï en France et en Europe, réalisait Ushpizin : une façon de désigner les invités d’une souccah, une cabane de la fête des cabanes (souccot), célébrée au début de l’année du calendrier hébraïque (septembre-octobre) en souvenir dans la tradition hébraïque, des cabanes ou tentes construites par les Hébreux lors de leur passage de 40 ans dans le désert du Sinaï, après la sortie d’Egypte. Puisque la semaine de Souccot commence dans quelques jours, l’occasion nous est faite de revenir sur Ushpizin. Un film, en apparence étrange, et critique par ce biais, représentant l’histoire d’un couple religieux orthodoxe du même quartier de Mea Sharim, face à des invités « surprise », quelque peu gênants. Sans argent et sans enfant, ce couple prie, mais prie seulement, pour passer de bonnes fêtes des cabanes. En cela on reconnaît le caractère très déterministe et inactif d’orthodoxes sans travail, ne vivant que grâce à l’aide extérieure (de riches orthodoxes parfois) et ne sachant que prier et étudier les textes de la tradition juive. Mais on découvre aussi l’hospitalité juive, l’accueil, la bonté et la volonté de rendre heureux ses hôtes, d’une façon si obstinée qu’elle en devient presque stupide. Stupide mais généreuse. Naïve mais fondamentalement bonne. Bref un film où l’on pénètre au cœur d’un milieu très différent, qui nous est étrange et étranger, mais dont on essaie de comprendre les ressorts, les bons et les mauvais côtés.



Tourné avec la participation de nombreux orthodoxes recrutés pour l’occasion, l’acteur principal, Shuli Rand, bien qu’élevé dans une famille orthodoxe, ancien laïc, est lui-même redevenu religieux. Confronté aux deux « mondes », et acteur avant de faire Tshouva (repentance, c’est-à-dire retour à la religion) il a voulu par ce film, faire découvrir son nouvel univers. Une comédie touchante dont nous avons sélectionné quelques extraits qui permettront aussi à tous, de découvrir la fête de Souccot.









lundi 30 juillet 2007

Le cinéma israélien à l'honneur pour Tou Bichevat




Après le prix coup de coeur du jury de la section "Un certain regard" au fetival de Cannes 2007 pour le film "La visite de la fanfare", le cinéma israélien est à l'honneur cet été avec le nouveau film d'Eytan Fox : "The Bubble" (en français, la bulle), sorti depuis le 4 juillet. Or on ne pouvait trouver plus original pour fêter Tou béav, la fête des amoureux en Israël, la Saint Valentin israélienne. Réalisateur israélien né à New York en 1964 et vivant à Jérusalem depuis l’âge de deux ans, où ses parents se sont installés en 1966, Eytan Fox est un cinéaste de l’amour et des relations humaines. Mais pas n’importe lesquelles.


Ouvertement homosexuel, Eytan Fox consacre son talent de réalisateur à la communauté homosexuelle en Israël. La plupart de ses films touchent pleinement le sujet. Son premier court métrage, Time off, en 1990, aborde la question de l’homosexualité dans l’armée israélienne. Il reprend ensuite ce thème dans son film Yossi and Jagger, sorti en 2002. Mais Eytan Fox connaît surtout le succès mondial avec Tu marcheras sur l’eau, en 2004.


Avec The Bubble, deux perspectives se chevauchent. D’une part la vie à Tel Aviv d’un groupe de jeunes contestataires du quartier de la rue Shenkin, les rave-party, la musique, la mode et les rencontres ; d’autre part l’histoire d’amour entre un jeune homme juif vivant à Tel Aviv et un jeune homme arabe vivant à Sichem (dont le nom arabe est Naplouse). Somme toute banale, l’histoire prend de l’ampleur lorsque la politique et ses conséquences rattrapent la vie d’une bande de jeunes innocents et naïfs. Avec l’art du cinéaste, Eytan Fox montre différents aspects de la vie dans la région, mais avec un regard distancié, sans qu’on sache jamais si l’auteur défend la position des personnages à qui on s’attache, ou s’il en montre l’irresponsabilité, eux qui ne veulent entendre parler ni de politique, ni de guerre, mais que toutes deux rattrapent. Certes, on pourra toujours y voir un caractère assez « bien-pensant », dans la façon de montrer une vie quotidienne irresponsable, voire libertine et quelque peu amorale, là où d’autres doivent prendre toutes les responsabilités sans lesquelles rien ne tiendrait. Mais c’est aussi ça le cinéma… Alors en attendant de voir un cinéma israélien renommé, plus à droite et posant son regard, non plus sur Israël même et ses composantes, mais sur des pays qui ne font pas eux-mêmes ce travail d’autocritique, on se contentera d’un film (sous-titré en français au cinéma) dont les acteurs sont excellents (rien à redire), qui reste plaisant, distrayant, enrichissant aussi, et que nous invitons à aller voir avec ce montage d’extraits choisis.