David Grossman, Le Livre de la grammaire intérieure,
Saint Amand : Editions du Seuil, septembre 1994, 408p., traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen
A la vue du titre, Le Livre de la grammaire intérieure, j’ai vraiment cru qu’il s’agissait d’un livre de grammaire. Ayant à peu près tout oublié dans ce domaine, heureusement que ce ne fut pas le cas.
L’auteur bien sûr, David Grossman, célèbre auteur israélien traduit en plusieurs langues, autre écrivain de la gauche littéraire engagée en Israël, m’a rapidement laissé penser qu’il en était autrement. Mais alors quoi ? Un livre sur la grammaire hébraïque ? Une analyse de l’hébreu moderne ? Non, un roman, un simple roman.
Simple ? Pas sûr.

J’ai mis un long moment avant de réellement plonger dans l’histoire et de la comprendre. La grammaire intérieure dont il est question, c’est en fait l’esprit, les pensées, la vie, l’intérieur d’un petit garçon de 13 ans à Jérusalem. Aharon Kleinfeld, cet adolescent second enfant d’une famille de réfugiés juive-polonaise, refuse le monde adulte et ses absurdités, il se réfugie dans sa « grammaire intérieure ». C’est ainsi que le livre nous est présenté en quatrième de couverture. J’avoue avoir mis du temps avant d’intégrer cette « grammaire ». Décidément.
C’est seulement après plus de 200 pages de lecture que j’ai commencé à m’amuser. Il faut dire que j’ai eu du mal à saisir l’environnement de l’histoire pour quelques raisons. Certains lecteurs rebuteront peut-être devant l’emploi fort répété d’expressions et mots venus de l’hébreu ou du yiddish et laissés comme tels dans le texte, nécessitant parfois d’aller jeter un coup d’œil au glossaire. Parfois c’est la traduction qui donne de la difficulté. Justement parce que la traductrice, Sylvie Cohen, forte d’une longue expérience et dont le travail n’est pas ici mis en cause, a choisi de laisser l’empreinte du vocabulaire hébraïco-yiddish de la famille. Mais on a parfois du mal à suivre. Deux exemples. En respectant l’hébreu qui dit « maman, papa » pour parler de la mère et du père de quelqu’un d’autre, il m’a été tout simplement difficile de comprendre que le narrateur était extérieur à l’histoire. Des phrases comme « Maman sortit sur le balcon et appela Aharon. » prononcées par le narrateur, m’ont fait penser que celui-ci était un membre de la famille, et non l’auteur. Par ailleurs, l’emploi du « Nu » (Nou) de l’hébreu, qui signifie « Eh bien, alors », écrit comme « nu » en français, et non « nou » qui aurait peut-être évité l’ambiguïté m’a également perdu quelques instants. Des détails, mais des détails qui jouent sur la souplesse de la lecture.
Il m’a donc fallu attendre un peu avant d’y prendre goût. Le décalage des parents d’Aharon qui le pressent de conclure avec cette fille, Yaeli, qu’Aharon convoite secrètement, avant que Gidéon, devenu son meilleur ami, ne lui pique ; voilà qui amuse le lecteur. Les commentaires de jeunes adolescents qui découvrent les femmes et qui choquent l’innocent Aharon, voilà encore de quoi sourire. C’est en fait au moment où le personnage articule son univers que l’histoire prend de l’ampleur et que le lecteur cesse de bailler. Il m’a donc fallu être patient. L’approche de la guerre des Six Jours, en arrière fond, comme les aspects de la société israélienne, restent finalement plutôt en retrait. Ce n’est pas un livre de grammaire, mais un livre de famille. C’est un livre qui ne restera pas dans mes annales personnelles mais qui m’aura quand même un peu plu. Et comme je suis un peu curieux, j’irai chercher sans doute d’autres Grossman.

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